« The Empowerer » : Massimiliano Freddi se confie à Funworld
Le président de l'IAAPA pour 2025 nous livre ses réflexions sur la vie, les affaires et l'entraide.

Mis à jour le 11/06/2025 à 11 h 47
La région montagneuse du lac Majeur, en Italie, est réputée pour ses panoramas grandioses, où l’eau et le ciel ne sont séparés que par des hêtres et des citronniers centenaires, souvent traversés par des nuages qui flottent entre leurs branches. Perché sur une colline surplombant le pittoresque village de Trarego Viggiona, qui compte un peu plus de 400 habitants, se trouve l’une des plus petites attractions naturelles d’Europe — et cela convient parfaitement à son exploitant, Massimiliano Freddi.

« Je pense être l’un des plus petits membres de l’IAAPA », déclare M. Freddi, que ses amis appellent souvent « Massi » ou « Max ». « Je suis vraiment ravi de représenter ce nouveau groupe de petites entreprises familiales. »
Pour M. Freddi, qui sera président du conseil d’administration de l’IAAPA en 2025, Trarego Viggiona est le lieu où son âme trouve le repos… et où elle s’épanouit. En tant que fondateur et PDG de Wonderwood, une attraction naturelle conçue pour les enfants, M. Freddi accueille avec enthousiasme les familles dans sa région natale.
« J’avais l’habitude de venir ici chaque été pendant près de deux mois avec ma grand-mère. C’est pourquoi, il y a cinq ans, lorsque nous avons décidé d’ouvrir Wonderwood ici, c’est parce que c’est un endroit qui m’est cher et qui me tient à cœur », confie-t-il à Funworld tout en arpentant les ruelles pavées de Trarego Viggiona. L’arrière-arrière-grand-mère de Freddi est née dans ce village. Situé à moins de deux heures au nord-ouest de Milan, en Italie, Wonderwood offre une échappatoire à la vie urbaine. Certes, on y trouve des Land Rover miniatures de Longfish Leisure à conduire (vitesse maximale : 3 kilomètres à l’heure), mais ces véhicules ne roulent ni sur du béton ni sur des rails ; ils traversent plutôt des flaques de boue humide situées sous un parcours d’accroche vertigineux. Une nouvelle pataugeoire a été conçue pour faire le bonheur des enfants… et offrir à leurs parents un endroit où s’allonger et contempler la nature. Des mini-pelles de SBI Sweden permettent aux jeunes visiteurs de creuser dans le sable. La recherche de pierres précieuses permet aux enfants et aux adultes de se mouiller les mains en tamisant le sol à la recherche de joyaux. Et il y a même un parc canin où le meilleur ami de l’homme peut jouer sans laisse.
« J’aime beaucoup l’ambiance que créent les chiens. Nous avons remarqué que les familles accompagnées de chiens étaient plus amicales les unes envers les autres », explique-t-il en parlant des visiteurs italiens qui viennent à Wonderwood avec leur toutou.
Le chemin pour devenir « The Empowerer » (un mot qui ne figure pas dans le dictionnaire anglais, mais qui a été créé par Funworld et qui convient parfaitement à Freddi) commence très tôt dans la vie, à l’image des années de formation d’un super-héros fictif. Ce fin causeur insiste sur un point qui lui tient à cœur en ajoutant l’expression « Full stop » à la fin d’une phrase.
Funworld a entendu « Full stop » à plusieurs reprises au cours des trois jours passés avec Freddi, son partenaire de vie et d’affaires Sebastian Nicolai, ainsi que leur chien Pan Pan (nommé d’après Peter Pan), et a pu constater de ses propres yeux comment le futur président du conseil d’administration de l’IAAPA pour 2025 donne aux autres les moyens de donner le meilleur d’eux-mêmes.
Une passion pour les attractions
Massimiliano Freddi a défié l’adversité.
« L’histoire de ma vie commence par une mauvaise nouvelle : je suis devenu orphelin à l’âge de 20 mois », confie-t-il. « Ma grand-mère Enrica était comme une mère pour moi, et mon grand-père Nino, mon compagnon de jeux. »
Il s’est pris très tôt de passion pour les attractions dans les années 80, en partie grâce à la télévision italienne. Chaque après-midi, des programmes de dessins animés ponctués de petits spots publicitaires faisaient la promotion de Gardaland, le parc d’attractions situé à Castelnuovo del Garda, en Italie. Freddi a été captivé par ce qu’il voyait. À l’âge de 8 ans, sa tante Fernanda l’a emmené dans ce parc qu’il associe au bonheur.
« Quand j’ai visité Gardaland pour la première fois, j’ai tout de suite ressenti quelque chose. Ça a été le coup de foudre. Je suis tombé amoureux. Ce n’était pas tant les manèges que l’ambiance, les jardins, les chansons qui résonnaient partout, les employés », se souvient-il. Pourtant, son enthousiasme a été freiné lorsque son abonnement au magazine Gardaland n’a pas abouti. Il a donc appelé le parc tous les jours – pendant un mois – et a fini par joindre Patrizia Gianfilippi.
« C’était la personne la plus gentille à qui j’aie jamais parlé de toute ma vie, point barre. Nous sommes restés au téléphone pendant une heure », raconte-t-il. Cet appel téléphonique, ainsi que ceux qui ont suivi, ont changé le cours de sa vie. Lorsque Freddi est retourné au parc à l’âge de 10 ans, il a eu droit à un accueil royal : des cadeaux promotionnels, des visites des coulisses et la possibilité d’observer les professionnels à l’œuvre.
« C’était incroyable, car ce moment a transformé mon enfance. J’ai vu des adultes différents de ceux que je connaissais », confie-t-il avec franchise.
Sa relation avec le parc a continué à s’épanouir à l’adolescence. Chaque printemps, Freddi était invité à la journée des médias, où il prenait place aux côtés de journalistes adultes.
« Cette histoire me touche encore beaucoup aujourd’hui, car je comprends que c’était un moment extraordinaire : mon enfance ne ressemblait pas à celle des autres, mais c’est à ce moment-là que la vie a commencé, d’une certaine manière, à me rendre la pareille. »
D’autres adultes travaillant dans le secteur ont également commencé à façonner le professionnel qu’il allait devenir.
À l’âge de 12 ans, il a rencontré Marina Murialdo, la propriétaire de Le Caravelle, un parc aquatique situé en Ligurie, en Italie. Elle ne s’est pas contentée de lui envoyer les brochures qu’il avait demandées, mais y a également joint des billets gratuits. À ce moment-là, Freddi a su quel type de professionnel il voulait devenir, comme en témoigne une note dans son journal intime : responsable marketing d’un parc. Cette motivation et cette détermination l’ont finalement conduit à occuper des postes à Disneyland Paris dans le marketing et les relations publiques ; à passer dix ans à Leolandia en tant que directeur général puis vice-président du développement stratégique ; et à devenir consultant chez TradeLab. Outre la gestion de Wonderwood aujourd’hui, il est également professeur associé à l’université IULM de Milan.
Par ailleurs, il y a une dizaine d’années, Freddi a commencé à s’engager bénévolement auprès de l’IAAPA. D’abord en tant qu’intervenant, puis en enseignant le marketing à l’Institut IAAPA pour les professionnels des attractions, avant de diriger le sous-comité Éducation de l’IAAPA EMEA. « Je ne serais pas devenu entrepreneur sans l’IAAPA. Chaque fois que j’avais un doute, il y avait toujours un collègue à l’autre bout de l’Europe – voire du monde – pour m’ouvrir les portes de son parc et me montrer une solution possible. J’ai puisé énormément d’inspiration auprès de tant de professionnels, et c’est toujours le cas chaque fois que j’assiste à un événement de l’IAAPA », explique-t-il.
Donner les moyens d’agir aux générations futures
Les expériences formatrices que Freddi a vécues à Gardaland et au Caravelle durant ses années de formation l’ont amené à jouer un rôle de mentor auprès des jeunes qui travaillent pour lui. Chaque année en septembre, Freddi emmène dix membres de la WonderTeam (le nom donné aux employés de Wonderwood) à l’IAAPA Expo Europe. L’objectif ? Leur offrir une expérience similaire à celle qu’il a vécue avec les adultes de Gardaland.
« Nous pensons que c’est une formidable occasion de leur dire merci. De plus, cela leur permet de découvrir le secteur », explique-t-il. « Le monde est bien plus vaste que votre propre parc et votre propre attraction. »
Les membres de la WonderTeam doivent assister à au moins trois EDUSessions et sont encouragés à rencontrer des fournisseurs pour imaginer quelles nouveautés pourraient être pertinentes pour les parcs de Wonderwood.
« Ce n’est pas moi qui rencontre les fournisseurs, ce sont eux. Au dîner, ils disent : “Hé, on a vu ça. Pourquoi ne pas faire ça ?” Puis ils retournent voir les fournisseurs et entament peut-être une négociation », explique Freddi.
Les membres de la WonderTeam vivent à la WonderHouse, une maison située à Trarego Viggiona et à Milan, destinée à héberger l’équipe de première ligne de Freddi.
« S’ils correspondent parfaitement à notre équipe et qu’ils viennent de loin, on leur dit : “Tu sais quoi ? Tu n’as pas besoin de payer ton loyer, c’est gratuit.” »
De nombreux membres de la WonderTeam reviennent été après été. Sergio Paludetti, 32 ans, a passé les trois derniers étés à travailler à Wonderwood, où Freddi lui a donné carte blanche pour créer l’univers et développer des décors autour de l’exploitation minière de pierres précieuses par la Sandy Creek Mining Company, baptisée « Expedition Alps ».
« C’est vraiment incroyable de travailler avec Massi et Sebastian sur ce projet et sur l’histoire que j’ai pu créer », confie Paludetti à Funworld.
Paludetti a rencontré Freddi pour la première fois alors qu’il était étudiant en design à Milan. En 2023, il s’est demandé pourquoi les visiteurs de Wonderwood entraient par une petite cabane et non par l’accueillante salle de restauration de l’attraction, située juste à côté du parking.
Freddi et Nicolai ont écouté son idée, puis ont inversé le parcours d’arrivée.
« C’est vraiment un grand honneur. Il y a de la confiance, et j’apprécie énormément cela », déclare Paludetti. Les adultes peuvent désormais prendre un expresso ou un verre de vin dès leur arrivée, et consulter le reste de la carte. Ici, pas de bâtonnets de poulet. Mais plutôt des plateaux de charcuterie bien garnis et des salades gastronomiques.
Paludetti rejoint d’autres jeunes occupant des postes à responsabilité. Erika Manzi, elle aussi ancienne étudiante à l’IULM, supervise désormais le service dédié à l’expérience client de Wonderwood.
« Nous avons décidé d’internaliser non seulement la conception des thèmes et le développement, mais aussi le marketing », explique Freddi. « C’est ainsi que l’on garde un contrôle strict sur la qualité et le rapport qualité-prix. Et si l’on parvient à maintenir la motivation des jeunes talents, ils peuvent – et vont – agir dans le meilleur intérêt des clients. »
Un œil sur le développement durable
L’extension de Wonderwood, qui surplombe le lac Majeur, s’avère délicate.
« Nous sommes sur une montagne — c’est une zone protégée. Ainsi, tout ce que vous voyez, nous pouvons le démonter d’une manière ou d’une autre et le déplacer ailleurs », explique Nicolai à Funworld. Et il est bien placé pour le savoir. En plus d’être l’associé et le compagnon de Freddi, Nicolai est également un architecte de parcs de formation, qui partage la passion de Freddi pour les destinations de loisirs. En 2015, Nicolai travaillait pour Zamperla lorsqu’il a rencontré Freddi pour la première fois à l’IAAPA Expo Europe à Göteborg, en Suède. Trois ans après l’ouverture de Wonderwood, Nicolai est devenu maire de Trarego Viggiona, réalisant ainsi l’un de ses rêves de toujours.
« Quand j’étais enfant, je jouais avec des Lego City et j’étais le maire de ma ville en Lego », se souvient Nicolai. « Je suis tombé amoureux de l’administration et de la politique. »
Sa passion pour le service public l’a notamment amené à s’engager à Vicence, en Italie, en tant qu’ancien président de la Green Cross de la ville.
« Être maire d’un petit village, c’est merveilleux, car on peut vraiment prendre des décisions — on n’est pas dans une grande ville », explique-t-il.
Une courte marche en haut d’une colline depuis le parc mène à une ancienne écurie. C’est là que Freddi envisage de créer un site de glamping, se lançant ainsi dans le secteur de l’hébergement touristique.
« Quand on décide d’ouvrir un établissement en montagne, il faut bien sûr s’assurer qu’il puisse prospérer, mais aussi qu’il respecte l’ADN du lieu et sa capacité à supporter l’activité humaine. Point barre », précise Freddi. Il étudie également la possibilité d’installer un « alpine coaster ».
En tant que président du conseil d’administration de l’IAAPA pour 2025, Freddi souhaite promouvoir des pratiques commerciales durables en soutenant les futurs dirigeants, et son rêve serait de créer un programme d’échange officiel dans le cadre duquel des professionnels pourraient observer ou travailler dans d’autres parcs d’attractions afin d’acquérir des connaissances, de trouver des idées et d’élaborer des solutions.
C’est d’ailleurs exactement ce qu’a fait Paludetti durant l’été 2023, alors qu’il souhaitait pratiquer son anglais. Freddi a pris contact avec Charles Coyle, d’Emerald Park, dans le comté de Meath, en Irlande. Coyle a accueilli Paludetti pendant deux mois, période durant laquelle ce dernier a également pu découvrir les rouages d’une exploitation différente.
Un deuxième site Wonderwood a ouvert ses portes dans la région du lac de Côme, en Italie, au printemps 2024. Ce nouveau parc propose des parcours d’escalade en hauteur et des tyroliennes adaptés aux visiteurs de tous niveaux d’aventure. Situé à deux heures au sud-est du site d’origine, ce nouveau Wonderwood dispose également d’un potentiel d’expansion.
La boucle est bouclée
Cependant, n’ayant que Pan Pan et aucun enfant en commun avec Nicolai, Freddi prévoit de créer une fondation afin d’assurer la pérennité des attractions de Wonderwood.
« Notre idée est de léguer cela à la communauté, donc cela doit se faire dans le respect de celle-ci », explique-t-il en parcourant la prairie destinée à devenir le futur site de glamping de Wonderwood.
« Ma plus grande satisfaction sera de voir 50 personnes travailler ici – toutes des jeunes – et qu’elles aient envie de travailler ici, car cet endroit est tellement différent de tous les autres », ajoute-t-il.
Pourtant, pour Massimiliano Freddi, son cœur restera toujours attaché au village de Trarego Viggiona.
« Quand je mourrai, je veux être enterré ici. C’est ici que je me sens chez moi », conclut-il.
Point final.
L’Empowerer en tête-à-tête
Massimiliano Freddi et son partenaire professionnel et de vie, Sebastian Nicolai, partagent leurs réflexions sur le leadership.
Toujours à l’aise avec les mots, Massimiliano Freddi, président du conseil d’administration de l’IAAPA 2025, est considéré comme un extraverti. Son partenaire professionnel et de vie, Sebastian Nicolai, aime les gens, mais peut paraître introverti. Lors d’une visite de leur parc d’attractions situé dans la région du lac Majeur, en Italie, Funworld s’est entretenu avec Freddi et Nicolai pour mieux comprendre leur vision en tant que propriétaires d’un parc d’attractions — et en tant que couple travaillant ensemble.
Comment gérez-vous la déception?
Massimiliano : « Walt Disney dirait : “Quand on fait un vœu en regardant une étoile”, mais je suis vraiment convaincu que lorsqu’on aime ce qu’on fait et que le moment est bien choisi – parce qu’on a bien préparé le terrain et qu’on est prêt –, la vie rebondit. Et si elle ne rebondit pas avec l’idée que vous aviez en tête, elle rebondit avec quelque chose d’encore mieux que vous pouvez mettre en place. “Pas de foi ; ce que nous créons”, voilà ma devise. »
Comment travaillez-vous ensemble pour surmonter un désaccord, non seulement en tant que partenaires commerciaux, mais aussi en tant que couple?
Sebastian : « La première année, il y a vraiment eu un problème, car nous ne savions pas comment travailler ensemble, étant donné que nous formons un couple. Mais nous avons trouvé une solution : nous avons appris à nous écouter mutuellement, à attendre et à ne pas prendre de décision sur le champ.
Massimiliano : « Nous avons également appris que, face à une décision difficile, lorsque l’un de nous deux a un avis bien arrêté sur la question, il y a souvent une raison solide derrière. Sébastien adopte vraiment une position très opérationnelle — c’est quelque chose que je ne peux pas ignorer, mais que je dois accepter. Commencer par « le pourquoi » est très important. Si vous comprenez votre « pourquoi » et que celui-ci est très clair, les décisions s’imposent beaucoup plus facilement. Vous comprenez alors où vous allez.
Tu es connu pour ne pas mâcher tes mots, Massi. Un dirigeant peut-il être trop transparent?
Massimiliano : « C’est par la tête que le poisson pourrit ; si votre communication n’est pas claire, vous devez accepter que vous n’avez pas été clair. Vous devez en assumer la responsabilité, car vos collaborateurs ne font que refléter votre façon de communiquer, n’est-ce pas ? Si vous ne vous demandez pas : “Est-ce qu’ils comprennent vraiment ? Quel est l’intérêt ici ?”, alors c’est de votre faute. Ce n’est pas celle de votre équipe.”
Cet article original d’IAAPA News a été publié pour la première fois dans le magazine Funworld. Pour découvrir d’autres articles et vidéos consacrés au secteur mondial des attractions et pour lire la version numérique du magazine Funworld,cliquez ici.
Suivez IAAPA pour des nouvelles et des annonces d'événements sur vos applications de médias sociaux préférées
Connectez-vous avec les histoires vraies qui se cachent derrière l'amusement
Suivez nos médias sociaux pour découvrir des histoires authentiques, des moments spéciaux et les coulisses du monde des attractions.








